Fiche bibliographique

Wilmet L. - "Pierre Girieud galerie Charlet "
XX Siècle Bruxelles---

-Bruxelles
09-avril 1925
Contenu sur Girieud
L'art de Pierre Girieud nous semble avoir quelques rapports avec celui d'Henri Manguin dont la galerie Giroux nous présentait en février dernier des œuvres nombreuses et diverses et dont les paysages accusaient des ressemblances avec ceux de Guillaumin. Les arbres de Girieud prennent, comme chez ses deux compatriotes, des aspects de boules ou de rochers et sont peints en masses compactes, avec des verts émeraude crus et acides ou des verts cinabres sales (2,9,11,12,27,29). Souvent des tonalités vertes ou bleues remplacent le ton local dans les nus ombrés (18,19,20,33,34). Les chairs ont des colorations d'un rose fade (1). Des dureté se remarquent dans la plupart des contours, dans la ligne des horizon (3,23), dans le dessin des nus (3,19 et autres), qui sont lourds et gras et puissamment modelés. Les portraits sont traités simplement, à larges plans; seul celui de Georges Duhamel trahit de la pensée. Le dessin en est très serré, parfois sec comme chez Léon Frédéric (15). Le granuleux de la peau est bien rendu par la multiplicité des petites touches et les ponçages des empâtement (15,19). De-ci delà un détail choque et attire l'attention qui n'est sollicitée ni par la beauté des lignes, ni par le charme du sujet, ni par la finesse de l'interprétation. Telle jambe se présente mal (18), tel orteil se détache du pied (3), telle main s'enfonce dans la jambe molle comme en une pâte (33). Les tableaux ont plutôt le caractère d'études, que d’œuvres complètes. Il y a longtemps d'ailleurs que le "On ne finit que sur du fini", de M. Ingres est passé de mode et que la laideur n’effarouche plus en art. Jadis le maître enseignait, et il était écouté : "L'art ne doit rendre que la beauté. Si vous voulez voir cette jambe laide, je sais bien qu'il y aura matière; mais je vous dirai : Prenez mes yeux et vous la trouverez belle". Dans les compositions (2), les groupes sont gracieusement formés et présentés en lignes harmonieuses. Il gagnent à être vus en blanc et noir (39,40), sans le trouble qu'apporte le fond lourd et terne. L'art de Pierre Girieud ne tente pas assez de se dégager du poids de la matière. Trop de matérialisme l'alourdit et s'il réussit à modeler les volumes, il n'arrivera pas à évoquer de l'âme et à manier la belle couleur de la vie dans la nature.