Fiche bibliographique

De Marmande R. - "Lettres à mon voisin de campagne "
Ere Nouvelle---

-Paris
08-octobre 1922
Contenu sur Girieud
(....) Vous êtes dans la Narbonnaise. Vous parcourez la Provence. Avez-vous importé l'oeuvre qui ne peut mieux être comprise que dans la couleur de ces horizons? Mais du moins, pieux pèlerin de l'art qui console et embellit nos pauvres vies, n'irez-vous pas contempler ces Fresques de Pradines que l'écrivain célébra avec tant d’impressionnant enthousiasme? (...)C'est là que sont les fresques claires, lumineuses, d'allure simple et magnifique de Pierre Girieud, Alfred Lombard et Dufrénoy. Vous ne sauriez être si près, et vous priver de cette beauté. Que j'aime cette atmosphère brûlante chez Girieud, cette pureté de paysage chez Lombard, leurs lignes harmonieuses, leur pâte pleine, solide, et ces dissemblances de talent qui se réunissent en un mouvement indéfinissable. (....) Songez qu'ils ont entrepris de rénover la Fresque. Cette peinture incorporée à la chaux, convient précisemment à notre époque, car elle est d'émotion et d'expression sociales, collectives. C'est un art difficile, sans doute, et mâle entre tous. C'est la peinture des hommes disaient Michel-Ange. Cet homme se connaissait dans l'art et le viril! La Fresque associe, dans l'exécution, l'artiste peintre et le maçon. Cet art colore la muraille sous le soleil et met le soleil sur les murs de la salle commune. Éclatant de lumière et de vie, il doit être encouragé, repris, sollicité partout pour enchanter les demeures, les palais, les grands monuments modernes qui attendent le coup d'aile du magicien. En vérité, Soubs, l'heureux don de la paix, comme on chantait au Moyen Age, la Fresque traitée à la manière des maîtres de Pradines, est la solution décorative de notre architecture. Et puisque vous poussez votre humeur pérégrinante jusqu'à Marseille, allez visiter, Monsieur, les salles de la Faculté des Sciences. Je vous y engage avec une certaine malice car vous n'aurez point à y découvrir pour votre délectation les fresques de MM. Girieud et Lombard. Mais bien à imaginer le plaisir que vous prendrez quand elles y seront! Si la guerre n'était point survenues, vous les auriez aperçues dans leur calme beauté, comme les lecteurs de Comoëdia ont pu en juger sur des prestigieuses maquettes. (....)