| Pour bien situer certains artistes et en écrire honnêtement, il faut, à mon sens, considérer, avec les œuvres qu'ils ont proposées à leurs contemporains, celles qui sont le rêve de leur vie, et dont les circonstances, et le goût de leur époque, ne leur ont permis de nous révéler que des fragments et les ambitions, grâce à un hasard qu'ils n'ont rencontré qu'une fois. Ceux qui ont suivi Pierre Girieud, et admiré avec quelle logique s'est développé son talent, ne le connaissent que fort imparfaitement, s'ils n'ont pas étudié l'Adoration des Mages peinte à fresque dans le nartex de la chapelle de Pradines (....)Si je fixe ainsi ce décor de végétation et de pierres c'est parce qu'il caractérise les paysages de Gireud et ses compositions poétiques embellies généralement par la présence de la mer. Girieud a peint la méditerranée, amoureusement, comme un corps dans une vasque de roches. Il l'a vue presque blanche et soyeuse, à certains soirs d'été; verte; bleue; parcourue de courants qui paraissent refléter le passage de l'air dans cette ardente lumière dont il se plaît et s'attache à étudier la magie, à moduler les jeux sur les muscles des chairs, les déroulements des eaux, les ondes des chevelures et les formes des nuées, comme sur les branchages des pins d'où elle ruisselle; des oliviers où elle se brise; des cyprès impénétrables qu'elle entoure.
Je songe, en écrivant à la Musique. L'attention de cette femme étendue rend sensibles les sons des instruments qu'elle écoute, et qui animent le paysage comme la lumière et les ombres. Quelle intensité dans le repos de ce corps, véritable plante humaine produite par cette calme nature latine! Et, en dépit de la science de la composition de Girieud qui oppose la tranquillité apparente d'un nu aux mouvements d'un groupe, une mer sans vagues, des arbres non visités par le vent, aux blocs tourmentés des collines et des rocs, un sentiment de spontanéité exquise se dégage de ces arabesques d'êtres et d'éléments. Nul peintre n'est moins théoricien que Girieud. (....) Il estime qu'il existe des individus qui créent par besoin intérieur, et d'autres par application; que les premiers ont un art et les second de la manière; aussi les changements survenus dans sa production ne proviennent-ils pas d'influences exercées par les écoles, mais du seul développement de sa personnalité. La courbe en est belle quand on la considère depuis les essais du début jusqu'aux réalisations actuelles, en prenant pour point central l'Hommage à Gauguin où, à côté d'hésitations, apparaissent des morceaux pleinement réussis qui annoncent les paysages, les natures mortes, les portraits, l'Eloge à la beauté nue, honneur du dernier salon d'automne, et cette source inachevée encore, destinée à marquer un nouvel effort de Girieud vers la simplicité, à affirmer sa foi dans l'idéal latin parfois décrié. (....) |