| (....) La Musique et la Danse ont été composées au front. Ces opulents panneaux décoratifs destinés, croirait-on, à parer la demeure de quelque riche patricien, peints sur papier, ornaient les simples murs de planches d'une popote d'officiers. (....) De cette belle décoration, toute idée de douleur est absente, tout sentiment de désordre ou de révolte. La joie seule y triomphe, le calme de l'intelligence, la plénitude de la pensée et du cœur dans la robustesse des sens épanouis et de la vie heureuse. (...)
La grande vertu de M. Pierre Girieud, d'ailleurs, déjà visible dans ses anciennes compositions, est celle de l'harmonie. Lui aussi, comme Baudelaire le disait de Delacroix, il peint "les beaux jours de l'esprit". (....)
Parmi les toiles exposées chez M. Paul Rosenberg, l'Après-midi provençal, que je suis bien près de considérer à la fois comme le chef d'oeuvre de M. Girieud et comme celui, jusqu'ici, de notre moderne Renaissance, répond tout à fait à cet idéal. (....)
M. Girieud pense, par la couleur. Je veux dire qu'il infuse sa méditation à ses tons et, par la seule organisation de ses valeurs, traduit l'ordre de ses idées. Dans la seule rencontre des nuances, il trouve son style, et en l'éveillant dans des sources endormies en nous, y fait participer notre imagination. Il a eu, jadis, les maîtres les plus dangereux. L'Italie, une année entière de travail et de fécondes rêveries à Sienne, d'où il a rapporté de si beaux paysages, l'ont heureusement détourné des modes littéraires de sa prime jeunesse. Sa culture, qui est considérable, a fini par équilibrer une sensibilité, ardente et passionnée, et qui, à ses débuts, s'enlisait peut-être dans des recherches inutiles d'originalité. Il faut laisser l'originalité à ceux qui n'ont rien à nous révéler d'eux même ni du monde, aux ignorants qui, pour nous amuser et nous retenir un instant, n'ont qu les ressources de l'emphase ou de l'artifice. M. Pierre Girieud qui apporte une vision des choses bien à lui, a vite compris que la tradition pouvait seule lui fournir les moyens de nous la traduire. La guerre l'a complètement mûri. Il a maintenant l'audace tranquille de ces substantiels classiques qu'il a toujours aimés et qui, comme Ingres ou Chasseriau, auxquels il s'apparente ne craignent pas de paraître simples pour toujours demeurer profonds.
Allez voir les grandes compositions dont je viens de vous parler, ainsi que les deux toiles qui leur donnent la réplique, le Jas de David et le Concert du Baou, surprenez sa pensée et son métier en mouvement pour son projet de décoration pour une chapelle et dans son esquisse pour les Femmes damnées, aimez ses gouaches tendres et païennes, opulentes et subtiles, attardez vous devant la riche série de ses natures mortes comme devant celle de ses paysages. (....) |