| La peinture de M. Girieud est celle d'un artiste intellectuel qui connaît les musées : son Apollon inspirateur rappelle délibérément l'Apollon et Marsyas du Louvre, c'est le même élancement du personnage debout, ce sont les mêmes arbres aux feuilles minutieusement dessinées; son adoration des Mages évoque le souvenir du Pinturrichio et sa Madone, les Madones Lombardes. Ailleurs, les paysages provençaux, non seulement par leur sujet, mais encore par la façon dont ils sont traités, nous font penser à Cézanne.
La technique de M. Girieud n'est pas moins voulue : la couleur est étalée, plaquée, lissée au couteau, on dirait presque au brunissoir, si bien qu'elle se transforme en une sorte d'émail terne. Girieud transporte dans la peinture à l'huile des procédés de fresquiste; on retrouve là les contours comme incisés, les teintes plates, les tonalités atténuées; mais pourquoi transposer ainsi deux techniques dont les ressources sont si différentes?
Malgré ces réserves, on peut louer chez M. Girieud l'harmonie de ses compositions, de ses attitudes, l'habileté à rendre sans exagération la musculature de ses personnages, le sens de la décoration, qui apparaît non seulement dans les sujets "d'histoire", mais encore dans ses paysages italiens aux couleurs ardentes. L'oeuvre qui, dans cette exposition, nous a semblé être la meilleure, est une nature morte, des anémones et des arums sur fond jaune, c'est aussi celle qui sent le moins l'effort; M. Girieud a consenti à y demeurer lui-même. |