Fiche bibliographique

Gasquet Joachim - "Les fresques de Pradines "
L'Art Décoratif-N°198--

-Paris
décembre 1913 p.259 à 265
Contenu sur Girieud
(...) Sur les terre du château de Pradine, près du village de Grambois, au pied du Luberon, non loin d'Avignon et de ces chambres papales où l'on vient de dépouiller justement d'admirables fresques du badigeon qui les souillaient, la chapelle de Saint-Pancrace, entre ses cyprès et ses pins, veille un vieux cimetière de famille, dans un paysage de splendeur âpre et de mélancolie, tout nourri de grâce fruste et comme angélisé d'un souffle continu de charité spirituelle. Autour de ces pierres chrétiennes bleuit, comme en Italie, un air tout païen, s'humanise un ciel de légende. C'est là que Pierre Girieud, dont la Toilette de Vénus est peut-être, avec les panneaux de Laprade, la toile la pus admirée de l'actuel Salon d'Automne, Alfred Lombard, le peintre lyrique de la Gloire de Marseille et de cette fenêtre ouverte qui fut un si magnifique début, et Georges Dufrénoy, en trois grandes fresques, ont fixé trois monuments de la vie et de la mort du Christ, la Nativité et l'Adoration des Mages, le Sermon sur la montagne, la Descente de Croix. (...) Tout est grâce, richesse légère, opulence heureuse, ferveur, dans le matin du monde où, au pied de la colline même de Saint Pancrace, à peine transfigurée dans le fond rêveur de sa fresque, Pierre Girieud a agenouillé la vieille civilisation orientale devant l'Enfant naïf qui reçoit l'hommage virgilien des bergers bibliques, beaux sous leurs saillons d’éphèbes comme des pâtres de Sicile, devant la mère austère, au sourire de pensée penchée et comme affaissée sous le poids déjà de cette vie douloureuse que lui prophétise cette aube de triomphe, et la magnifique figure du Saint Joseph, tout imprégné de noblesse aisée et d'onction populaire. En face, équilibrant la strophe sacrée de la Sainte Famille, l’archaïsme élégant du peintre s'est plu à grouper, dans la suite des mages, d'heureuses courtisanes, des esclaves nubiens, les bêtes et les étoffes d'une caravane pompeuse, tout l'attirail d'une fête qui va, dans l'agenouillement des rois, se changer en rite liturgique avec la complicité d'une nature adorante, d'un paysage mystique dont la paix colorée se marie aux nuances du ciel le plus léger, le plus délicat que puisse caresser, sur la gorge des brises, les plus tendres nuages...C'est la première fresque, toute aimable, sous sa pensée profonde, claire, chantante, gaie,d'une ordonnance serrée, de teintes apaisées, d'une limpide sérénité, et qui entraîne à la méditation des mystère joyeux.Elle est d'un charme noble et d'une perfection tranquille. (....) Reproduction des fresques