| Je dis "école", pour ne pas dire réalisation, car aujourd'hui qui entend "école" comprend théorie. Or, je vous écris sur des peintres qui n'inscrivent leurs et leurs recherches que dans leurs œuvres. Il y a deux ans, un poète, Joachim Gasquet et un groupe de peintres remarquaient dans un paysage admirable de Provence, devant la montagne du Lubéron une petite chapelle, d'un vieux style villageois où l'on célèbre encore le miracle de Saint Pancrace. Cette chapelle, précédée d'une sorte de galerie formée par trois arceaux blanchis à la chaux, appartient au châtelain de Pradines, M. Douglas Fitch. Le poète suggéra aux peintres de tenter sur ces murs blancs, dans ce cadre à la fois bucolique et mystique, où jaillissent les hauts cyprès, la renaissance de la fresque, de la véritable fresque qui fut la gloire des écoles italiennes. Les trois peintres étaient Pierre Girieud, Dufrénoy et Alfred Lombard. (....); Girieud avec sa maîtrise dans la composition et une sensibilité toute impressionniste dans le détail, a peint une rayonnante et sereine Adoration des Mages; (....)
Mais, si la couleur, aliment des dernières inquiétudes, asservit sa polyphonie à l'expression des plus abstraites prévisions, ne peut-elle pas également transfigurer, réanimer les grands thèmes traditionnels, la composition de Girieud, la Toilette de Venus ne le prouve-t-elle pas? Ici, la mer n'est qu'un vert audacieusement diapré; le ciel d'un fulgurant azur; une île évoque une galère d'or; de hauts pins-parasols, grands seigneurs de ce paysage dépouillé, concertent leur lourde verdure avec les verts diaphanes de l'eau; et toutes ces violences contraignent l’œil à se reposer sur l'admirable épanouissement des chairs qui, au premier plan, composent un hymne sensuel et mystique. O moderne Aphrodite! avec quelle religieuse volupté les regards coulent entre les cils, opposant leur recueillement à l'infernale danse de la lumière! De quelle émotion sacrée sont étreintes, auprès de qui naquit des flots voisins, les compagnes de son mystère! Et voyez enfin ce coffret, miroitant d'or, où le plaisir des yeux épuisés par des flammes trop vives vient s'abattre et se reposer dans une contemplation plus concrète. Le mystère dans de folles oeuvres prend je ne sais quelle force, quel dessous scientifique. Mais plus encore ne faut-il pas aimer ces paysages où Girieud sculpte comme s'il sculptait un fabuleux troupeau de montres, les montagnes de Provence. La voilà enfin! la grande et tumultueuse terre, la nature mère d'invisibles dieux! Elle n'est plus encadrée par rien, ni isolée dans sa continuité, ni enfermée et reculée dans l'anneau d'une lorgnette! Non. Elle est là avec son mouvement indéfini et musical, avec son animation souterraine et sa lutte contre l'atmosphère ambiante contre l'impalpable pesanteur. Voyez cette ébullition de mamelons et dites si vous ne sentez pas devant ce tumulte de plans synthétiques, devant le pathétique de ces tons une émotion cosmique. (....) - Reproduction de la Toilette de Vénus |