| A la galerie Druet, nous avons le plaisir de trouver la Provence peinte par un provençal, Pierre Girieud. Cet artiste qui débuta par une grande toile : « La Tentation de saint Antoine », où il se révélait passionné de couleurs, de chatoiements, de décor, d'orientalisme, semblait prédestiné à voyager en Egypte et en Syrie comme ses devanciers méditerranéens Loubon, Barry, Dufeu. Mais c'est dans sa seule Provence qu'il voyage. Il le fait chaque année avec un amour singulièrement sympathique, car il y entre autant d'attachement instinctif que d'érudition classique. Fervent admirateur des paysages italiens, tels qu'ils se gravent au fond des tableaux des primitifs et des maîtres de la Renaissance, il s'enthousiasme à retrouver entre le Rhône, la Durance et les Alpes, des sites qui eussent pu, par leur grandeur et leur pureté, encadrer aussi bien des scènes de la mythologie que de l'évangile, des « Jugement de Pâris » que des « Nativités ». Cette fois Girieud nous découvre une sorte de Provence dont la nature nous apparaît féodale, les villages alpestres qui, comme des escaliers, s'adossent aux contreforts des montagnes crénelées comme les plus romantiques donjons.
Ce qui d'abord éclate ici, c'est une science du dessin qui, par la force et la délicatesse de sa probité, atteint au prestige de la gravure : ces champs d'oliviers, rangés devant des prairies luisantes, ces villages comme mosaïqués dans la masse même des rochers, ces pics aigus comme des pitons, ces vallées où les montagnes semblent à l'infini se répéter comme l'écho l'une de l'autre, ces saisissantes, perspectives de pierre, de lumières, d'azur, sont établis avec magistrale sûreté qui dispense la joie calme de ce qui va durer.
Pour accomplir cette impression de solidité, voici un coloris qui, autant par sa fraîcheur que par sa richesse, semble de l'émail, un émail joyeux où couve à jamais le feu du soleil qui chaque jour le cuit et le lustre : des vert, des bleu, des orangé palpitent dans leur ardente crudité de lave.
Un admirable portrait du peintre par lui-même, dédié à son ami de la première heure, l'artiste Francisco Durio, couronne cette allègre célébration de nature : Girieud y a gravé avec une émouvante puissance sa simple mais forte volonté de dire jusqu'au bout et le mieux qu'il peut, ce qu'il aime le plus profondément. La lumière qui modèle ce front élevé et éclaire ce visage jusqu'à l'âme, nous la connaissons : c'est celle de la sérénité que, seule, dispense aux hommes le travail nourri de nature. |